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Fanny Viollet : Exposition « Dits et fabulettes »

L’exposition de Fanny Viollet que nous avons le bonheur de présenter à L’aiguille en fête 2006 n’aurait pu voir le jour sans l’apport du Musée du Textile de Cholet qui a proposé une vaste rétrospectives de son travail artistique dans le courant de l’été 2005.

Fasciné par cette exposition, nous avons demandé à Fanny Viollet - qui avait déjà exposé quelques œuvres à L’aiguille en Fête en 2004 et qui a participé à nos ateliers en 2004 et 2005 - et au musée de Cholet s’ils étaient prêts à réitérer, sur un espace très différent, l’aventure. Leur enthousiasme a fait le reste…


Avec l’aimable autorisation de l’artiste et du Musée du Textile de Cholet

Fanny Viollet : Exposition « Dits et fabulettes »
Il faut remonter au début des années 80, pour comprendre la genèse des oeuvres présentées dans cette exposition, explique Aude Le Guennec, responsable du musée de Cholet.

A l’époque, un vent de féminisme souffle sur la France et, sous l’impulsion de groupuscules qui prônent de façon très radicale la libération de la femme, une artiste, inspirée par un ouvrage de l’ethnologue Yvonne Verdier ("Façons de dire, façons de faire" éditions Gallimard, Paris, 1979), décide elle aussi de se préoccuper de l’univers féminin.

Féministe à sa manière, Fanny Viollet prend néanmoins le parti de réinterpréter les ouvrages de dames quand d'autres choisissent alors de brûler leurs soutiens-gorge…

Transmission

Fanny Viollet : Exposition « Dits et fabulettes »
Cette exposition, intitulée "Fanny Viollet, dits et fabulettes", ressemble à un témoignage retraçant 25 ans de la vie artistique d’une femme, ayant décidé de faire de certains gestes traditionnels, considérés à l’époque par bon nombre comme désuets, mis volontairement au rebut par certains, à l'image de la broderie ou du tricotage, des moyens d'expression au service d'une création artistique tout à fait contemporaine. Elle ne manquera pas au passage de remettre ces techniques au goût du jour, les inscrivant ainsi dans la modernité.

Les œuvres de Fanny Viollet nous parlent aujourd’hui du temps passé et de celui qui passe, perpétuellement. Son leitmotiv, certainement la transmission d'une mémoire collective, à travers des idées simples et des souvenirs souvent empruntés à d'autres. L'artiste nous offre ainsi une sorte de journal intime, nourri des histoires des autres, fait de paraboles et de métaphores inspirées de morceaux de vie glanés çà et là, au cours de ses pérégrinations.

Comme un couloir du temps, dans lequel ses mots brodés sont autant de fils conducteurs d’une mémoire perpétuée, " métaphores colorées et souriantes de souvenirs et de petites histoires vécues et entendues, racontées, imaginées et espérées ...", note Aude Le Guennec.

Un esthétique travail d'archivage

Fanny Viollet : Exposition « Dits et fabulettes »
Les matières et les supports de Fanny Viollet, ce sont des objets du quotidien, consciencieusement archivés dans des " boîtes à dérisoires ". En parlant de ces boîtes, Aude Le Guennec évoque " un esthétique travail d’archivage, quasi archéologique ", catalogue de matières dans lesquelles l'artiste a en partie puisé son inspiration. Un papier de bonbons ramassé dans la rue, des fonds de tiroir, des couvercles de pots de yaourts, des timbres, des étiquettes de bouteilles, des mouchoirs en tissu tombés de la poche d’une veste… Tous ont leur histoire que, d’une certaine manière, il nous est permis ici de réinventer ou même de s’approprier (hormis le mouchoir usagé…).

Fanny Viollet leur a redonné vie, " ces matières réemployées " devenant en effet la base de superbes broderies, de fabuleux textiles chamarrés dignes de la haute couture.

En guise d’introduction à l'exposition, ce petit texte de Fanny Viollet. Extrait de « Terres d’écritures »

Fanny Viollet : Exposition « Dits et fabulettes »
« ... J'avais vécu en Afrique, au Sahel, avec très peu de ressources locales, une vaste maison, extrêmement spartiate, où j'avais eu à réussir l'enchantement de l'installation d'une famille de six personnes. Heureusement, par les routes commerciales, transitait abondance de tissus (la tente bédouine moderne se parait d'immenses décors géométriques en tissus assemblés, et les femmes s'enroulaient dans des mètres d'étoffe). Aussi, grâce à tous ces tissus découpés, recomposés, assemblés et démultipliés à l'infini, j'avais vaincu l'âpreté de l'environnement.

Mais lorsque je me réinstalle à Paris et que je reprends avec passion les études d'Arts Plastiques et mon expression personnelle, je suis comme viscéralement attirée par les tissus, les fils, le linge, et la mémoire que véhiculent les travaux féminins. J'écris beaucoup sur « les ouvrages de dames » (Vont- ils se remettre du martyre des années féministes?). Militante en sens inverse, j'écris au fil rouge, au point de croix, lentement, l'importance du geste mille fois répété qui tire l'aiguille. (II y a plus de 20 ans, broder au point de croix n'était pas du tout à la mode et, en milieu intellectuel, cela relevait presque de l'obscénité). Mais pour moi importait l'histoire de la femme qui coud, brode, tricote, inscrit par-ci par-là une signature presque anonyme, mais qui transmet une mémoire ô combien importante, nécessaire. Une mémoire qu'il sera bientôt urgent de sauver. Sans doute est-ce cet état d'urgence qui, dans ma sensibilité d'artiste, un beau jour de février 1983, me conduit fébrilement à bousculer ma machine à coudre; il me faut encore écrire au fil rouge, mais plus vite, aller plus loin, en dire plus peut-être.

Cette machine devient mon crayon, ma plume, mon pinceau, un outil terriblement libérateur, infiniment docile... S'ensuivent depuis cette date des histoires, des personnages, des écritures brodées au fil de l'aiguille, à ma machine, sur tout et n'importe quoi... tissus bien sûr, mais papiers, photos, plastique, toile métallique.

Rarement la volonté de « faire joli », seulement témoigner que le temps passe de plus en plus vite et qu'il serait sage de prendre en compte la vitesse
...»

Un avant-goût de l'exposition de Fanny Viollet à l'Aiguille en fête 2006 dans la galerie en ligne



05/01/2006